Fille des crocodiles

Marie-Florence Ehret

EAN13 : 9782844205209

Éditeur : Thierry magnier
Date Parution : 17/01/2007

191 pages

L’avis de Ricochet

Fanta vit dans un village du Burkina-Faso avec sa grand-mère Mâ, tandis que sa mère Delphine garde des enfants blancs en France pour gagner un peu plus d’argent. Les deux femmes sont modernes au regard des autres habitants : elles refusent que la petite fille soit excisée, projettent pour elle des études… Mais Fanta, à qui on n’a pas demandé son avis, est un peu perdue.A rebours des romans qui mettent d’habitude en scène des enfants immigrés en France, l’auteur a choisi de faire rester son héroïne dans son pays d’origine. Mieux, de le lui faire aimer, au point d’hésiter à partir vers l’Eldorado occidental ! Une attitude atypique, qui nous permet de pénétrer dans l’intimité d’une Afrique rurale à mi-chemin entre traditions et progrès. La vie quotidienne est dure, tendue vers l’autosuffisance avec le travail des champs. Le puits conserve une place centrale, qui possède une moto ou un téléphone portable est considéré comme riche. A côté de ce qui semble archaïque, la vie est aussi simple, socialement plus active. Les hommes se retrouvent pour boire un verre le soir, tandis que les enfants écoutent le conteur refaire le monde. Les fêtes durent plusieurs jours, la religion se partage sans heurts entre islam et animisme (voir les ancêtres crocodiles). Marie-Florence Ehret sait faire vivre ces aspects positifs, mais s’attaque sans complaisance à la réalité de la vie des femmes : d’abord l’excision, puis le mariage, enfin les enfants. Une des tantes de Fanta n’a que quelques années de plus qu’elle, et la petite fille a peur de ne pas trouver d’époux quand sa grand-mère s’oppose à son excision. Cette décision choque d’ailleurs le reste du village, la vieille femme, revenue de la ville à la mort de son mari, n’est pas comme les autres. Fanta, si elle ne mesure pas sa chance à ce moment précis (elle regrette plutôt de ne pas avoir de robe neuve comme ses amies), sent bien le statut particulier accordé à sa famille ouverte sur le monde : mère exilée qui fait bouillir la marmite des oncles, sœur aînée partie étudier à la capitale. Et c’est peut-être pour cela, finalement, qu’elle voit repartir sa mère seule sans trop de peine : tout sera possible pour elle. A travers la voix d’un narrateur externe et le personnage d’une petite fille attachante, Marie-Florence Ehret propose, chose rare, un roman réaliste de l’Afrique contemporaine, nuancé et délicat, qui sait parler de sujets durs sans faire mal : il peut être lu et compris à partir de 12 ans.

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